FOCUS : JOHN BOCK, GLISSADE DANS LA SUEUR PERLÉE DES AISSELLES

John BOCK, c’est un peu la relation passionnelle et névrosée des jeunes années inexpérimentées. Le titre de son exposition « Glissade dans la sueur perlée des aisselles » (l’exposition a lieu en ce moment à La Panacée – Montpellier) soulève déjà pas mal de questionnements quant à l’univers dans lequel le spectateur pénètre. Cette expo, on s’y engage à tâtons, avec curiosité et appréhension. Et tout est là : un jeu attraction-répulsion qu’il fait si bien fonctionner.

L’artiste allemand embarque le visiteur dans des mondes fictifs un peu dingues débordant de références diverses, de personnages incroyables, de penchants dérangeants, de réflexions intimes, de fluides corporels, d’inavouable, d’absurde, et d’humour, surtout.

Les installations proposées pour l’exposition présentent ses sculptures et ses vidéos. Ses œuvres en volume sont des machinations hybrides faites d’assemblages d’objets divers. Pour chacune d’elles, Bock a imaginé un mode d’emploi, une utilisation, un rituel, puisqu’il les a montés comme les décors et accessoires de ses films. Avec ces objets ayant tous une utilité et pensés à échelle un, il pose un contexte, nous plonge brutalement dans divers mondes fictifs trop très crédibles qu’il a imaginés. Une fois qu’ils ont été utilisés, blessés, massés, salis, ouverts, sacrifiés, léchés par ses acteurs-performeurs, Bock remet ses décors et accessoires dans l’espace d’exposition, en lien direct avec les projections des films pour lesquels ils ont été imaginés. C’est ce qu’il appelle les mutations additives, ces objets qui évoluent de leur création jusqu’après leur utilisation.

À l’entrée de la salle d’exposition, on bute sur « Totem », la dernière production de Bock, composée des accessoires et éléments de décor de son prochain film prévu pour octobre 2017.

L’installation a l’air d’avoir été placée là comme un obstacle à la lecture de la première projection « Härchen mit momsen dran », comme par empathie et anticipation. Ce film est une réinterprétation délirante et géniale du chef-d’œuvre surréaliste de Buñuel, « L’âge d’or ». On retrouve les trois personnages principaux, l’homme de foi, la servante et la prostituée, caricaturés à la sauce contemporaine, auxquels viennent s’ajouter le Marquis de Sade et l’artiste en personne. Le film pose des questions d’éthique avec à la fois cynisme, lucidité et naïveté, il critique et ironise des situations sociales, philosophiques et politiques de l’époque contemporaine et des précédentes, comme il le fait par exemple pour le concept allemand de l’œuvre d’art totale.

johnbock5John Bock, Härchen mit momsen dran, 2014

À la vidéo se greffe une corpulente installation regroupant les éléments de décor du film. Un huis clos chaleureux et angoissant qui évoque à la fois le cabinet de curiosité et le bordel. De la parfaite maîtrise du cadavre exquis.

johnbock1johnbock2_7RpictureJohn Bock, Glissade dans la sueur perlée des aisselles, 2017

L’installation suivante accouple le film « Kreatürliche Unschuld » et la mise en espace des sculptures liées à celui, comprenant des assemblages d’objets du quotidien et d’objets historiques du Fries Museum (Leuwarden, Pays-Bas), lieu du tournage. On retrouve certains éléments aperçus et évoqués dans son premier film : de sa préoccupation concernant la religion à sa réflexion autour de l’humain, en passant par la présence mystérieuse et redondante des œufs de poule, le tout toujours traité avec un humour noir maitrisé et parfois douteux. Cet homme est plein de ressources.

johnbock4John Bock, Kreatürliche Unschuld, 2013

Les deux derniers films, « Monsieur et Monsieur » et « Hell’s Bells » sont visibles dans deux salles séparées de l’espace des installations.

« Monsieur et Monsieur » relève davantage de la performance scénarisée que du film. Toute l’intrigue s’active autour de l’espace dans lequel les deux protagonistes semblent vivre et travailler. Une coloc de papis dans un lieu étrange imaginé et activé par Bock.

« Hell’s Bells » s’inspire des codes cinématographiques du western, ce qui permet d’être un peu moins paumés dans un univers iconnu, même si ce que Bock a imaginé reste à mille lieues de ce que l’on connait, évidemment. Un « Le bon, la brute et le truand » entièrement revisité, encré de rituels et réflexions étranges, de références historiques et culturelles, de féminisme aussi.

Bock bouscule la zone de confort du visiteur, provoque la gêne et la curiosité, le malaise et l’intrigue, le rire et le dégout. Tout questionne, on se sent un peu comme un otage libre : on subit mais on reste, parce qu’on y trouve de l’intérêt. Que l’on aime ou que l’on déteste – voire souvent un peu des deux – cette exposition est une expérience qui marque, qui préoccupe et active la curiosité lorsque l’on s’y est penché. C’est un immense cabinet de curiosités trop dingue mais familier, comme traces d’une autre vie, dans une autre époque, ayant d’autres règles, d’autres standards, mais toujours des questionnements autour de l’humain et de l’histoire.

johnbock6

L’exposition se termine le 27 août 2017 (ce dimanche, donc), il reste encore quelques jours pour venir découvrir le phénomène en salle, et je me ferais une joie d’en débattre en live (on est ouverts de midi à 20h).

Du bien,
Alba

 

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