IL EST BATTU PAR LES FLÔTS MAIS NE SOMBRE PAS

« Tu me sers un autre whisky s’il te plait ? ».

Assise dans ce canapé que tu ne connais que trop bien, à rire grassement à la blague vaseuse (et foirée parce que pas sortie dans l’ordre) du « Juste un doigts ? Tu ne veux pas un whisky d’abord ? » de Jérémie, entourée de ceux que tu aimes, tu es bien. De la musique, de l’alcool, des copains, de l’amour. De la vie.

Puis PY qui débarque avec une drôle de tête (pendant que tu te retiens de lancer un « bah c’est quoi c’te face, quelqu’un est mort ? ») et annonce qu’il a décidé de nous rejoindre suite à la nouvelle de l’attentat à Paris. « Il y a eu trois fusillades, au Bataclan et dans deux bars du 11ème, et des mecs qui se sont fait sauter à côté du Stade de France ».

Wait.

What ?

Dans ta tête, ça va super vite. Putain, qui est-ce que tu connais à Paris ? Cam, François, la Kukiche, Xav, tous les banyulenques. Tu flippes, t’attrapes ton téléphone avec des mains tremblantes, tu cherches à comprendre, tu écris pour savoir si tout le monde est vivant. Trois sur quatre te répondent, t’as envie de chialer mais tu te retiens parce que t’as pas le droit, t’es loin, t’es safe, pendant que d’autres ne le sont pas dans la capitale.

Tu rafraichis la page de BFM toutes les trois secondes après avoir avalé une un peu trop grosse gorgée de Jack Da, les yeux rivés tantôt sur ces images irréelles, tantôt sur la bouille de tes potes qui manifestement ont dé-saoulé très rapidement. T’es un peu bourrée, sonnée, même carrément à l’ouest, comme tout le monde. Tu culpabilises d’être en train de « faire la fête » (bien que tu ne sois pas à cent pour cent présente dans la soirée) pendant que d’autres vivent l’enfer, tu ne sais pas trop si tu as le droit ou non de continuer à te marrer un peu en ce moment de deuil.

14 novembre, la gueule de bois pour toute la France. Il est dix heures du mat’, tu as dormi quatre heures à tout péter, ton mec roupille fort à côté, c’est rassurant, réconfortant. Tu ne sais pas trop bien si ce qui s’est passé hier s’est réellement passé. Tu allumes ton téléphone, tes potes ont tous fini par te répondre, certains même se sont déclarés « en sécurité » (Facebook c’est franchement incroyable parfois) : soupir de soulagement, égoïste mais humain, tout le monde va bien.

Tu te connectes aux réseaux sociaux, le bide noué par la peur de tomber sur une vidéo un peu trop explicite et un peu trop réelle de cette nuit d’horreur, ou sur une mauvaise nouvelle, te noyant sous un flot d’infos en continu. Tu lis tout un tas de conneries sur les musulmans associés au terrorisme, quelques messages d’amour, beaucoup de messages de désespoir, des nouvelles actualités en vrac qui déboulent sur ta page d’accueil comme un flot de fans de Justin Bieber en plein pogo. En vrai, tout ça n’a aucun sens, tu es paumée, tu viens de te l’avouer et tu ne sais pas quoi faire. Alors le premier réflexe, le réflexe initial, le tout premier, comme celui de l’enfant apeuré, c’est celui de te recroqueviller et te blottir, très fort. Enfouir ton nez dans le cou chaud de l’Homme qui hiberne à côté, laisser la paix t’envahir au rythme de sa respiration, créer un cocon de protection et de vie.

Oui. C’est ça. C’est ce qu’il faut faire, c’est évident finalement. Choisir de vivre.

Au fond, continuer à faire ce que l’on fait de mieux. Se bouger, sortir, avoir le culot de boire un café en terrasse, parce que comme dirait l’autre « c’est pas trois clampins qui vont m’empêcher de payer 5 boules mon café du matin », continuer à hurler son amour pour la musique dans toutes les salles de concert possibles, aimer, envoyer un sms de déclaration d’amitié à ses potes en pleine soirée, manger du fromage et du saucisson, boire beaucoup de vin rouge et se réveiller avec une gueule de bois qui « f’rait passer Pinnochio pour un vrai petit garçon », danser tous les soirs et perdre 2kg en transpirant, se balader dans des parcs, lancer un « bonsoir » enroué à 11h le matin au McDo, raconter sa life sur instagram, se moquer des politiciens et des religieux, mettre la musique trop fort et voir les voisins débarquer en pyj, faire l’amour, faire la gueule, partir au boulot le matin après s’être levé du pied gauche, bouffer des burgers en culotte au pieu avec lui/elle devant Rick et Morty, continuer de se mélanger comme le fait cette génération diversifiée que nous sommes, corner toutes les pages du bouquin que l’on dévore, mettre ses écouteurs, ne jamais s’arrêter. Aimer, vivre.

Il ne nous reste qu’à faire vivre Paris et la France comme on la connait, comme un pays d’individus libres, aimants, différents, sales gosses, cultivés, païens, râleurs, généreux, ouverts, critiques et pleins d’humour.

Take care.

Rubriquabraquement votre,

Alba.

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